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Reprise du travail

La reprise du travail est une des premières causes d’arrêt non souhaité de l’allaitement

(Sondage Institut des mamans en 2002 : + de 23 % des mamans déclarent avoir arrêté l’allaitement maternel pour la reprise du travail), les employeurs ont donc un rôle à jouer dans celui-ci. En effet, les mamans travaillant pour des employeurs qui facilitent le maintien de l’allaitement post-reprise du travail, allaitent davantage leur enfant, l’employeur ayant pour sa part, de nombreux avantages identifiés à le favoriser car l’absentéisme maternel serait 2,7 fois plus élevé chez les mamans d’enfants non allaités que chez ceux qui le sont toujours.

Une étude américaine publiée en 1995 souligne les effets indirects de l’allaitement poursuivi après la reprise du travail. Les enfants allaités étaient 4 fois plus souvent indemnes de pathologies infectieuses (otites, infections respiratoires, diarrhées aiguës) pendant la 1ère année de vie que les enfants non allaités. Deux tiers des absences maternelles survenaient chez des enfants non allaités, et les absences d’une durée d’une journée étaient significativement plus fréquentes chez ces enfants non allaités (26%) que chez les enfants allaités (11%). Les auteurs évoquaient la moindre disponibilité de la mère pour son travail lorsqu’elle était préoccupée par la santé de son enfant malade, même si celui-ci était confié à une nourrice ou une crèche.

C’est ce qui a conduit la municipalité de Bourgoin-Jallieu (plus de 550 agents), dès la déclaration de grossesse, à informer les mamans de leur possibilité de maintenir l’allaitement après la reprise du travail, et de les informer de leur droit à 1 heure de pause quotidienne pour l’allaitement.

De même, la clinique Saint Vincent de Paul (200 salariés) permet à ses employées, un aménagement de leur temps de travail afin qu’elles puissent « tirer leur lait ».

La sage-femme tiendra la aussi un rôle privilégié dans le suivi de cette étape importante.

Afin de généraliser l’information sur ces droits et ressources en matière d’allaitement maternel à Bourgoin Jallieu, la ville édite un livret à destination des mamans allaitantes et distribués, dès la naissance, dans les services de maternités de Bourgoin Jallieu. Vous pouvez télécharger le livret édité par la Ville en cliquant ici  Ce document contient un questionnaire. Merci de prendre quelques instants pour le remplir avant de nous le retourner. Votre avis est de nature à nous aiguiller dans les actions prioritaires à mener en faveur de l’allaitement.

►Propos recueillis auprès de Maître Buffarot, avocat spécialisé en droit du travail :

La loi ne prévoit pas de congé spécifique allaitement mais prévoit la possibilité pour la mère d’allaiter sur son lieu de travail en disposant de deux pauses d’une demi-heure répartie dans la journée. L’Organisation Internationale du Travail (OIT) par le biais de la convention 183, prévoit que ces pauses allaitement doivent faire l’objet de rémunération, la France n’a pas encore ratifié ce texte de loi. La fonction publique ne comporte pas de dispositions particulières.

De nombreuses conventions collectives complètent ce droit en proposant pour les plus protectrices des congés rémunérés pour l’allaitement (45 jours pour les banques suite au congé légal), ou pour d’autres, la possibilité de prendre des congés spécifiques non rémunérés, ou la rémunération des pauses journalières (conventions collectives dans le secteur habillement).

►Propos recueillis auprès du Dr Marie José Communal, médecin de Santé Publique :

Contrairement à ce que l’on imagine, l’employeur a toute sa place dans la promotion de l’allaitement et joue même un rôle clé dans la poursuite de l’allaitement à la reprise du travail. Une étude menée entre 2004 et 2006, montre que les femmes comptent surtout sur elles-mêmes pour mener à son terme le projet de conciliation entre allaitement et travail. Elles n’imaginaient pas qu’un tiers employeur ou plus près d’elles, le père de leur enfant ou leur entourage familial ou amical proche, puissent les soutenir dans leur projet, ni même que l’organisation de la société pouvait les aider, sauf par la prolongation de leur congé maternité. Certes un congé maternité long est un puissant facteur de prolongation de l’allaitement, mais nous ne sommes pas prêts d’y parvenir, car il n’est pas d’actualité d’appliquer le modèle suédois à la société française. Le féminisme, s’il défend le droit de vivre notre sexualité selon nos choix, ne lui a pas associé le droit des femmes à vivre pleinement leur maternité, contrairement au mouvement suédois.

Un certain nombre de femmes souhaitent reprendre leur activité professionnelle, mais souhaiteraient dans le même temps poursuivre l’allaitement.

L’employeur peut-il soutenir une femme qui allaite (en organisant l’espace ou le temps de travail pour permettre le maintien de l’allaitement), puisque lui-même peut en tirer des avantages ? Oui bien sûr, car permettre aux mamans de concilier retour au travail et allaitement revêt bien des avantages :

• Un retour plus précoce à la vie professionnelle pour certaines femmes.

• Un retour plus serein des employées : une période de transition plus facile après le congé maternité facilitée par le maintien de l’allaitement maternel.

• Un absentéisme moins important des deux parents pour cause de maladie de l’enfant du fait d’un allaitement long.

• Un niveau moins élevé de stress pour les parents : moins de maladies de l’enfant, donc moins de situations où la mère ou le père ont des motifs d’inquiétude qui peuvent perturber leur concentration au travail.

• Une amélioration du climat dans l’entreprise par une meilleure prise en compte des besoins des salariées avec, en conséquence, plus d’implication et de concentration des personnes dans leur activité professionnelle.

• Un sentiment de satisfaction non négligeable pour l’employeur.

• Une amélioration de l’image de marque de l’entreprise dans la société.

En France, les dirigeants d’entreprises ne sont pas forcément opposés à apporter un soutien aux femmes qui veulent concilier allaitement et travail. En témoigne cette étude réalisée en Rhône-Alpes en 2005-2006, auprès de 89 entreprises : les employeurs sont plutôt favorables au soutien d’une salariée dans son projet de poursuivre l’allaitement. Cependant, par manque de connaissances et d’expérience, ils ne voient pas d’intérêts pour l’entreprise à encourager ce projet. Ils estiment que cela est une contrainte importante pour l’entreprise et pour la salariée. De ce fait, ils ne soutiendront pas une salariée qui n’en fait pas la demande. D’autre part, les employeurs qui connaissent une femme de leur entourage ayant concilié allaitement et travail, sont plus favorables au soutien de leurs employées. Ceci peut être attribué à une meilleure connaissance des moyens pratiques pour concilier allaitement et travail.

►Propos recueillis auprès de Lucie Hée - psychologue clinicienne :

Le choix d’une mère d’allaiter ou non son bébé n’appartient qu’à elle. Personne mieux que la mère, ne sait, en matière d’allaitement, ce qui est bon pour elle et pour son enfant. La mère et l’enfant vivent une relation de grande intimité, des bras enveloppants, une odeur enivrante et l’attention d’une mère où se mêlent don de lait et de tendresse. Les jeunes mères ont besoin d’un soutien dans l’expérience des premières tétées qui peut s’avérer délicate. Une écoute attentive de leurs craintes, de leurs angoisses permet de se découvrir progressivement compétentes et de ne pas se laisser dérouter par des premières difficultés liées à leur inexpérience et à la spécificité de leur bébé. Le lien mère-bébé est renforcé par l’allaitement maternel lorsque celui-ci se déroule pour le mieux.

La séparation est un moment délicat dans la relation mère - enfant. On se sépare pour la reprise du travail, pour la recherche d’un emploi mais aussi pour le bien être de l’enfant. Familiariser un enfant avec la séparation, c’est l’aider à grandir, le préparer à l’autonomie, l’indépendance… Cependant, se séparer de son bébé à l’âge de 2 – 3 mois est une épreuve pour les mères qui commencent à peine à faire connaissance avec leur petit. C’est aussi, bien souvent, le moment où les mères qui ont débuté un allaitement difficile commencent à se sentir plus à l’aise.

Maintenir un allaitement lors de la reprise du travail, est une réelle organisation. Il oblige certaines femmes à recueillir leur lait puis à le conserver. Si cela est tout à fait possible, cette démarche peut apparaître comme non naturelle pour certaines mères, voire insurmontable ou impensable. Or, la poursuite de l’allaitement à la reprise du travail peut rendre plus supportable la séparation d’avec le bébé pour lui-même et sa maman, réduisant pour cette dernière, le fréquent sentiment de culpabilité. C’est une séparation qui se fait dans la douceur. Apparaît aussi la joie de la «tétée retrouvailles». La mère se trouve souvent moins dans un ressenti de jalousie à l’encontre de la nourrice, l’assurance étant donnée par ce lien sauvegardé.


 

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